Des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique ont mis au point un lavage biodégradable, à base d’amidon, de fer et d’acide tannique, capable d’éliminer jusqu’à 96 % des résidus de pesticides présents sur les fruits. Le traitement laisse aussi un film protecteur qui ralentit le brunissement et prolonge la fraîcheur, pour un coût estimé à…
On vous l’a répété depuis l’enfance : lavez vos fruits avant de les manger. Sauf que voilà, ce petit geste rassurant ne servait presque à rien contre les pesticides. Une étude publiée en 2024 dans la revue Nano Letters l’avait déjà confirmé noir sur blanc : un simple rinçage n’élimine pas le risque, et même éplucher ne suffit pas toujours puisque certains résidus s’infiltrent jusque dans la pulpe. Frustrant, non ?
Bonne nouvelle : une équipe de chercheurs canadiens vient peut-être de trouver la parade. Et elle est étonnamment simple.
Une équipe de l’UBC change la donne
Des scientifiques de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), au Canada, ont mis au point un lavage biodégradable capable d’éliminer jusqu’à 96 % des résidus de pesticides présents sur les fruits. Les résultats, publiés dans la revue ACS Nano, ont de quoi faire du bruit dans le monde de l’agroalimentaire.
À la tête du projet, la Dr Tianxi Yang, professeure adjointe à la Faculté des sciences de la terre et de l’alimentation de l’UBC, explique sa motivation avec des mots simples :
« Les consommateurs ne devraient pas avoir à choisir entre manger des fruits et légumes frais et s’inquiéter de ce qu’il y a dessus. »
Anecdote amusante et révélatrice à la fois : cette recherche est en partie née d’une observation familiale. Le fils de la chercheuse raffole des myrtilles, et engloutit régulièrement de grands bols de baies fraîches. Sauf qu’à force, les enfants qui consomment ce genre de fruits en grande quantité peuvent ingérer plus de résidus de pesticides que les seuils recommandés. Un problème du quotidien, transformé en projet scientifique.
Comment ça fonctionne, concrètement ?
Rassurez-vous, pas besoin d’un laboratoire pour comprendre le principe. La formule repose sur des ingrédients étonnamment ordinaires :
- De l’amidon, le même type de glucide que l’on retrouve dans le maïs ou la pomme de terre ;
- Du fer ;
- De l’acide tannique, ce composé végétal bien connu des amateurs de vin rouge pour son goût légèrement astringent.
En se combinant, le fer et l’acide tannique forment de minuscules amas collants, un peu comme des éponges microscopiques. Ces amas se fixent littéralement aux pesticides présents à la surface du fruit et les décrochent.
Les chercheurs ont testé leur invention sur des pommes traitées avec trois pesticides courants, à des concentrations réalistes (environ 10 mg par litre, proche de ce qu’on retrouve réellement sur les étals). Résultat : entre 86 % et 96 % des résidus éliminés, selon la molécule visée. En comparaison, l’eau du robinet, le bicarbonate de soude ou l’amidon utilisé seul peinent à retirer plus de la moitié des pesticides. La différence est énorme.
Un bonus inattendu : des fruits qui se conservent plus longtemps
Voici la partie qui devrait particulièrement intéresser les ménages soucieux de leur budget. Après le lavage, les chercheurs trempent le fruit une seconde fois dans la solution, ce qui laisse une fine couche comestible et biodégradable à sa surface.
Cette couche agit, selon la Dr Yang, « comme une seconde peau respirante ». Concrètement :
- Des tranches de pommes fraîchement coupées, enduites de ce film, ont brûné beaucoup moins vite et perdu moins d’eau après deux jours au réfrigérateur ;
- Des grappes de raisin entières sont restées fermes et charnues pendant 15 jours à température ambiante, alors que les raisins non traités montraient déjà des signes de flétrissement.
Autrement dit : moins de gaspillage, et des fruits qui gardent plus longtemps leur goût, leur acidité et leur teneur en sucres naturels. Sachant que près de la moitié de la production mondiale de fruits et légumes frais finit à la poubelle chaque année, l’enjeu dépasse largement la seule question sanitaire.
Trois centimes par pomme, et déjà pensé pour l’industrie
Autre argument de poids : le prix. Selon l’équipe de recherche, ce traitement coûterait environ trois centimes de dollar supplémentaires par pomme. Un montant suffisamment faible pour envisager une industrialisation à grande échelle, directement dans les usines de conditionnement.
Les chercheurs ne comptent pas s’arrêter là. Ils travaillent désormais à affiner leur formule pour une utilisation en conditions commerciales réelles, et n’excluent pas de développer une version destinée directement aux particuliers, sous forme de spray ou de comprimé à diluer chez soi. De quoi imaginer, d’ici quelques années, un petit flacon de lavage anti-pesticides dans nos cuisines, aussi banal qu’un liquide vaisselle.
Ce qu’il faut retenir
- Un lavage à base d’amidon, de fer et d’acide tannique élimine jusqu’à 96 % des pesticides sur les fruits ;
- Il forme aussi un film protecteur qui ralentit le brunissement et la déshydratation ;
- Coût estimé : environ trois centimes par fruit, donc industrialisable ;
- Étude publiée dans ACS Nano par une équipe de l’Université de la Colombie-Britannique, financée notamment par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.
Entre les scandales à répétition sur les résidus de pesticides et le prix du panier de fruits qui grimpe, une solution aussi simple et abordable pourrait changer nos habitudes alimentaires. Mais une question reste ouverte : seriez-vous prêts à acheter un produit chimique supplémentaire, même naturel, pour laver vos fruits ? Ou préférez-vous miser sur le bio, quitte à payer plus cher pour éviter le problème à la source ? Dites-nous en commentaire ce que vous en pensez !
Source : ACS Nano
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