Forgejo pourquoi des milliers de développeurs quittent GitHub pour héberger leur propre Git

Forgejo : pourquoi des milliers de développeurs quittent GitHub pour héberger leur propre Git

Un article publié sur le web a déclenché une discussion passionnée. La section des commentaires ressemblait à une réunion de thérapeute de groupe pour développeurs : quelqu’un racontait avoir reçu une facture GitHub Actions inattendue, un autre évoquait le malaise grandissant de voir Microsoft entraîner son Copilot sur son code privé, un troisième parlait simplement de souveraineté numérique, ne plus dépendre d’une infrastructure qu’il ne contrôle pas.

Et dans presque chaque commentaire, un nom revenait : Forgejo ou « forge », la forge au sens artisanal du terme. Un projet né dans la tempête en 2022, aujourd’hui devenu la référence des développeurs qui veulent reprendre le contrôle de leur code source. Léger comme un outil de précision, souverain comme un serveur dans votre propre datacenter, et communautaire dans ses tripes les plus profondes.

Dans cet article, on va tout décortiquer : ce qu’est Forgejo, pourquoi il est né, ce qu’il fait, comment l’installer de A à Z, et pourquoi en 2026 c’est peut-être le meilleur moment pour franchir le pas. Même si vous n’avez jamais géré un serveur de votre vie.

Petit lexique pour les non-initiés : Git, GitHub, et tout le reste

Avant de parler de Forgejo, il faut s’assurer que tout le monde parle la même langue. Quelques définitions rapides.

Git : l’outil de base

Git est un logiciel de gestion de versions créé en 2005 par Linus Torvalds, le même qui a créé Linux. C’est un outil en ligne de commande qui permet à un développeur de garder un historique complet de toutes les modifications apportées à son code. Vous pouvez revenir en arrière dans le temps, travailler sur plusieurs versions en parallèle, et fusionner le travail de plusieurs personnes sans tout perdre. Git tourne localement sur votre machine.

GitHub, GitLab : les plateformes de partage

Git en local, c’est bien. Mais quand on veut collaborer à plusieurs, partager son code, ou juste avoir une sauvegarde en ligne, on a besoin d’une plateforme. GitHub (racheté par Microsoft en 2018 pour 7,5 milliards de dollars) et GitLab sont les plus connues. Elles offrent une interface web pour naviguer dans le code, gérer les bugs (issues), proposer des modifications (pull requests), automatiser des tests (CI/CD), et bien plus.

Une forge logicielle : le concept complet

On appelle « forge logicielle » l’ensemble de ces outils réunis dans une plateforme cohérente : gestion du code, suivi des bugs, collaboration, automatisation. GitHub est une forge. GitLab aussi. Et Forgejo aussi mais hébergée par vous, sur votre propre infrastructure.

💡 GitHub, c’est comme Google Drive pour votre code, pratique, rapide, mais vos fichiers sont sur les serveurs de quelqu’un d’autre. Forgejo, c’est comme avoir votre propre serveur NAS à la maison. Vous gérez, vous contrôlez, vous décidez. Personne d’autre n’a accès à vos données.

L’histoire de Forgejo : une scission née d’une trahison de gouvernance

Pour comprendre Forgejo, il faut d’abord comprendre Gitea et ce qui s’y est passé en octobre 2022. Cet épisode est devenu un cas d’école dans la communauté open source sur les risques de la gouvernance corporative.

Gitea : le projet communautaire qui attirait

Gitea est une forge logicielle légère écrite en Go, lancée en 2016. C’était une fork de Gogs, un autre projet similaire. Gitea avait tout pour plaire : rapide, léger, open source sous licence MIT, facile à installer. Des milliers d’entreprises et de particuliers l’utilisaient pour héberger leur code en privé. Sa communauté était active, engagée, passionnée.

Octobre 2022 : le coup de théâtre

Un matin d’octobre 2022, la communauté Gitea apprend que les noms de domaine et les marques déposées du projet ont été transférés à une société commerciale, Gitea Limited, sans aucune consultation préalable de la communauté. Personne n’avait voté. Personne n’avait été consulté. Du jour au lendemain, un projet qui se présentait comme communautaire se retrouvait sous contrôle d’une entité commerciale dont l’objectif, par définition, est la maximisation du profit.

Les contributeurs ont réagi immédiatement. Une lettre ouverte a circulé, demandant que les marques et domaines soient placés sous gouvernance communautaire. La demande a été refusée. Quelques semaines plus tard, en décembre 2022, Forgejo naissait, un fork de Gitea, hébergé sous l’ombrelle de Codeberg e.V., une association à but non lucratif enregistrée en Allemagne.

L’évolution vers un fork indépendant

Dans un premier temps, Forgejo est resté un « soft fork », il synchronisait régulièrement son code avec celui de Gitea, en y ajoutant ses propres correctifs. En janvier 2024, la communauté Forgejo a voté pour devenir un « hard fork » : le projet prendrait désormais sa propre direction, indépendamment de Gitea. En février 2024, la synchronisation avec Gitea a définitivement cessé.

En août 2024, autre étape symbolique forte : Forgejo a changé sa licence de MIT (permissive) vers GPL-3.0. Cela signifie que toute modification de Forgejo doit rester open source. Une garantie que le projet ne pourra jamais être « approprié » par une entreprise commerciale comme Gitea l’a été.

Le nom « Forgejo » vient de l’esperanto forĝejo, qui signifie « forge ». Un choix délibérément internationaliste et artisanal.

Ce que Forgejo fait : Le tour des fonctionnalités

Forgejo n’est pas un simple serveur Git. C’est une forge logicielle complète qui couvre à peu près tout ce que vous feriez sur GitHub. Voici le panorama des fonctionnalités disponibles en 2026.

📁 Gestion des dépôts

  • Hébergement illimité de dépôts Git publics ou privés.
  • Branches, tags, gestion des releases avec journaux des modifications automatiques.
  • Support du Large File Storage (LFS) pour les fichiers binaires volumineux.
  • Diff visuel, historique complet des commits
  • Wikis intégrés pour la documentation de chaque projet

🔀 Collaboration et revue de code

  • Pull Requests (ou Merge Requests) avec commentaires en ligne sur le code.
  • Système de revue avec approbations, demandes de changement.
  • Issues (signalement de bugs) avec labels, jalons, tableaux Kanban.
  • Assignation à des membres, notifications configurables.
  • Organisations et équipes avec gestion granulaire des permissions.

⚙️ Forgejo Actions : CI/CD intégré

C’est l’un des atouts majeurs de Forgejo face à Gitea : les Forgejo Actions, un système d’intégration continue et de déploiement continu (CI/CD) compatible avec la syntaxe des GitHub Actions. Si vous avez déjà des workflows GitHub Actions, vous pouvez les réutiliser avec des modifications minimales.

📦 Registres de packages

  • npm (JavaScript), Maven (Java), PyPI (Python).
  • Docker, Helm (Kubernetes), Debian, RPM.
  • Un registre de packages unifié pour tous vos projets.

🔐 Sécurité et accès

  • Authentification SSH, HTTPS, tokens d’API.
  • Support LDAP, OAuth2, SSO pour l’intégration en entreprise.
  • 2FA (double authentification) disponible.
  • Webhooks configurables pour l’intégration avec des services tiers.
  • Runners CI isolés : Forgejo n’expose pas automatiquement le socket Docker (sécurité renforcée).

🌐 Forgejo Pages

À l’instar de GitHub Pages, Forgejo permet d’héberger des sites web statiques directement depuis un dépôt. Pratique pour les pages de documentation, les blogs techniques, ou les pages de destination de projets.

Le grand comparatif 2026 : Forgejo vs GitHub vs GitLab vs Gitea

CritèreForgejoGitHubGitLab CEGitea
LicenceGPL-3.0PropriétaireMIT (CE)MIT
GouvernanceNon-profit (Codeberg e.V.)MicrosoftGitLab Inc.Gitea Ltd (privé)
HébergementAuto-hebergé uniquementCloud (Microsoft)Auto-hebergé + cloudAuto-hebergé uniquement
RAM minimum~170 MoN/A (cloud)8 Go+~170 Mo
PrixGratuit (infra à votre charge)Gratuit → $21/user/moisGratuit (Auto-hebergé)Gratuit → $9,5/user/mois
Forgejo Actions / CI-CD✅ GitHub Actions compat.✅ GitHub Actions✅ GitLab CI✅ Gitea Actions
Fédération ActivityPub✅ En prod (jan. 2026)
RGPD / Souveraineté✅ Total (Auto-hebergé)⚠️ Serveurs US✅ Auto-hebergé✅ Auto-hebergé
Facilité installation⭐⭐⭐⭐⭐ (Docker 5 min)N/A⭐⭐⭐ (complexe)⭐⭐⭐⭐⭐
Communauté active✅ En forte croissance✅ Massive✅ Grande⚠️ En déclin post-fork

Ce tableau appelle un commentaire important : Forgejo consomme environ 170 Mo de RAM en usage normal, contre plus de 8 Go pour GitLab CE. Pour un développeur solo ou une petite équipe, cette différence est décisive. Un VPS à 5 euros par mois peut faire tourner Forgejo confortablement. GitLab CE nécessite un serveur qui coûte dix à vingt fois plus cher.

Pourquoi quitter GitHub en 2026 : Les vraies raisons

Est-ce que quitter GitHub vaut vraiment la peine en 2026 ? GitHub reste une plateforme excellente sur le plan technique. Mais plusieurs éléments ont fait basculer beaucoup de développeurs et d’équipes.

💰 Le coût qui grimpe

En mars 2026, GitHub a modifié la tarification de ses runners pour les dépôts privés : les runners auto-hébergés passent à 0,002 dollar par minute. Pour les équipes qui font tourner beaucoup de pipelines CI/CD, la facture peut rapidement devenir significative. GitHub Team coûte 4 dollars par utilisateur par mois au minimum, GitHub Enterprise Cloud grimpe à 21 dollars par utilisateur par mois. Pour une équipe de 50 personnes, ça représente plus de 12 000 dollars par an avant même de compter les frais de Actions.

🤖 Copilot et l’entraînement sur votre code

GitHub Copilot, l’assistant de codage IA de Microsoft, est entraîné sur des milliards de lignes de code présentes sur GitHub y compris. Même si GitHub précise que les dépôts privés ne sont pas utilisés pour l’entraînement de Copilot, la confiance n’est plus totale dans une partie de la communauté. Le simple fait que la question se pose est révélateur d’un malaise.

🇪🇺 La souveraineté des données et le RGPD

Pour les entreprises européennes, la question est de plus en plus pressante. Le RGPD exige que les données personnelles des citoyens européens soient traitées de façon conforme, avec des garanties sur les transferts vers des pays tiers. Héberger son code source sur des serveurs américains crée une zone d’incertitude légale que beaucoup d’entreprises, d’administrations et d’établissements d’enseignement préfèrent éviter en 2026. Forgejo en auto-hébergement résout ce problème par construction.

🔒 Le contrôle et l’indépendance

Il y a aussi une raison moins technique mais tout aussi valide : l’indépendance. Quand GitHub est en panne, ce qui arrive, même si c’est rare, vous ne pouvez pas travailler. Quand Microsoft change les conditions d’utilisation, vous devez vous y plier. Quand une nouvelle fonctionnalité est retirée ou modifiée, vous subissez. Sur votre propre Forgejo, c’est vous qui décidez. Vous mettez à jour quand vous voulez, configurez ce que vous voulez, et votre service n’est jamais conditionné aux décisions d’une entreprise tierce.

🏛️  Le cas des institutions publiques : en France, la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique) pousse activement les administrations vers des solutions open source auto-hébergées. Plusieurs universités françaises et administrations européennes utilisent déjà Forgejo ou Gitea pour héberger leur code source.

Installation de Forgejo avec Docker : Guide pas à pas

Voici comment installer Forgejo sur n’importe quel serveur Linux en moins de 15 minutes, grâce à Docker. Si vous n’avez jamais géré de serveur, pas de panique, je vous explique chaque étape.

Ce dont vous avez besoin

  • Un serveur Linux (Ubuntu 22.04+ recommandé) : un VPS à 5-10€/mois chez Hetzner, OVH, Scaleway, ou votre propre machine.
  • Mariadb, Docker et Docker Compose installés sur ce serveur.
  • Un nom de domaine (optionnel mais recommandé pour la production).
  • Environ 15 minutes.

⚠️  Pour un usage purement local ou pour tester, vous pouvez aussi installer Forgejo sur votre propre ordinateur. Dans ce cas, remplacez simplement l’URL par « localhost:3000 » dans la suite de ce guide.

Étape 1 : Préparer le fichier Docker Compose

Créez un dossier dédié et un fichier de configuration :

mkdir -p ~/forgejo/{data,db,letsencrypt} && cd ~/forgejo

Mettre en place l’environnement :

nano .env

Ajouter les configurations suivantes dans .env

FORGEJO_DB_USER=forgejo
FORGEJO_DB_PASS=STRONG_APP_PASSWORD
MYSQL_ROOT_PASS=STRONG_MYSQL_ROOT_PASSWORD
FORGEJO_DB_NAME=forgejodb
FORGEJO_DOMAIN=forgejo.example.com
[email protected]

Vous devez modifier les valeurs en mettant les vôtres.

Ajoutez votre utilisateur au groupe Docker :

$ sudo usermod -aG docker $USER
$ newgrp docker

Créez le manifeste Docker Compose :

$ nano docker-compose.yml

Copiez-collez cette configuration dans le fichier :

services:
  traefik:
    image: traefik:latest
    container_name: traefik
    restart: unless-stopped
    environment:
      DOCKER_API_VERSION: "1.44"
    command:
      - "--providers.docker=true"
      - "--providers.docker.exposedbydefault=false"
      - "--entrypoints.web.address=:80"
      - "--entrypoints.websecure.address=:443"
      - "--entrypoints.web.http.redirections.entrypoint.to=websecure"
      - "--entrypoints.web.http.redirections.entrypoint.scheme=https"
      - "--certificatesresolvers.le.acme.httpchallenge=true"
      - "--certificatesresolvers.le.acme.httpchallenge.entrypoint=web"
      - "--certificatesresolvers.le.acme.email=${LETSENCRYPT_EMAIL}"
      - "--certificatesresolvers.le.acme.storage=/letsencrypt/acme.json"
    ports:
      - "80:80"
      - "443:443"
    volumes:
      - /var/run/docker.sock:/var/run/docker.sock:ro
      - ./letsencrypt:/letsencrypt

  db:
    image: mariadb:latest
    container_name: forgejo-db
    restart: unless-stopped
    environment:
      - MYSQL_ROOT_PASSWORD=${MYSQL_ROOT_PASS}
      - MYSQL_DATABASE=${FORGEJO_DB_NAME}
      - MYSQL_USER=${FORGEJO_DB_USER}
      - MYSQL_PASSWORD=${FORGEJO_DB_PASS}
    volumes:
      - ./db:/var/lib/mysql

  forgejo:
    image: codeberg.org/forgejo/forgejo:latest
    container_name: forgejo
    restart: unless-stopped
    depends_on:
      - db
    environment:
      - USER_UID=1000
      - USER_GID=1000
      - FORGEJO__database__DB_TYPE=mysql
      - FORGEJO__database__HOST=db:3306
      - FORGEJO__database__NAME=${FORGEJO_DB_NAME}
      - FORGEJO__database__USER=${FORGEJO_DB_USER}
      - FORGEJO__database__PASSWD=${FORGEJO_DB_PASS}
      - FORGEJO__server__ROOT_URL=https://${FORGEJO_DOMAIN}
    volumes:
      - ./data:/data
    labels:
      - "traefik.enable=true"
      - "traefik.http.routers.forgejo.rule=Host(`${FORGEJO_DOMAIN}`)"
      - "traefik.http.routers.forgejo.entrypoints=websecure"
      - "traefik.http.routers.forgejo.tls=true"
      - "traefik.http.routers.forgejo.tls.certresolver=le"
      - "traefik.http.services.forgejo.loadbalancer.server.port=3000"

Étape 2 : Lancer Forgejo

Sauvegardez le fichier (Ctrl+O puis Ctrl+X sous nano) et lancez les conteneurs :

docker compose up -d

Docker va télécharger les images Forgejo, puis démarrer le service. Attendez une minute environ.

Étape 3 : Configurer Forgejo via l’interface web

Ouvrez votre navigateur et accédez à http://votre-ip:3000 (ou http://localhost:3000 si vous êtes en local). L’assistant d’installation de Forgejo s’affiche. Voici les paramètres importants à renseigner :

  • Base de données : Vérifier juste que les informations soient conformes.
  • Titre du site : donnez un nom à votre forge (ex : « Forge de MonEquipe »).
  • URL de base : l’adresse à laquelle votre Forgejo sera accessible.
  • Créez le compte administrateur : choisissez un nom d’utilisateur, email et mot de passe forts.
  • Cliquez sur « Installer Forgejo ».

En trente secondes, votre forge est installée et prête à l’emploi.

💡 Pour la production : ajoutez un reverse proxy comme Caddy ou Nginx devant Forgejo pour activer HTTPS avec un certificat SSL automatique. Caddy le fait en une seule ligne de configuration, consultez la documentation officielle sur forgejo.org.

Étape 4 : Créer votre premier dépôt

Connectez-vous avec votre compte administrateur. Cliquez sur le « + » en haut à droite, puis « Nouveau dépôt ». Donnez-lui un nom, une description, choisissez s’il est public ou privé et voilà. Votre premier dépôt Git auto-hébergé existe.

Pour cloner ce dépôt sur votre machine locale, utilisez la commande SSH ou HTTPS affichée sur la page du dépôt, exactement comme vous le feriez avec GitHub.

Migrer ses dépôts depuis GitHub vers Forgejo

Vous avez des dizaines de dépôts sur GitHub et vous ne voulez pas tout refaire à la main ? Forgejo intègre un outil de migration directe depuis GitHub (mais aussi GitLab, Bitbucket, et d’autres forges).

Migration via l’interface web

  1. Dans Forgejo, cliquez sur « + » puis « Migrer un dépôt externe ».
  2. Sélectionnez GitHub comme source.
  3. Entrez l’URL de votre dépôt GitHub et, si c’est un dépôt privé, un token d’accès GitHub (Settings > Developer Settings > Personal Access Tokens).
  4. Cochez ce que vous voulez importer : le code, les issues, les pull requests, les releases, les labels…
  5. Cliquez sur « Migrer » et attendez quelques secondes à quelques minutes selon la taille du dépôt.

Mettre à jour vos clones locaux

Une fois vos dépôts migrés, vous devez mettre à jour les URLs distantes dans vos clones locaux. Pour chaque dépôt, ouvrez un terminal dans le dossier du projet et tapez :

git remote set-url origin [email protected]:votre-pseudo/nom-du-repo.git

Si vous utilisez SSH, mettez aussi à jour votre fichier ~/.ssh/config pour que les connexions vers votre domaine utilisent votre clé SSH. Et pensez à ajouter votre clé publique SSH dans les paramètres de votre compte Forgejo (Settings > SSH Keys).

💡  Migration en masse : pour migrer beaucoup de dépôts d’un coup, des scripts open source sont disponibles sur Codeberg. Cherchez « forgejo-github-migrate » pour trouver des outils communautaires qui automatisent toute la procédure.

Forgejo Actions : votre CI/CD compatible GitHub Actions

L’une des raisons pour lesquelles beaucoup de développeurs hésitaient à quitter GitHub, c’était les GitHub Actions, le système d’automatisation de workflows très populaire. Forgejo a résolu ce problème en implémentant sa propre version, nommée Forgejo Actions, compatible avec la syntaxe YAML des GitHub Actions.

Concrètement, si vous avez un fichier .github/workflows/ci.yml dans votre projet GitHub, vous pouvez le copier presque tel quel dans .forgejo/workflows/ci.yml sur votre Forgejo, et il fonctionnera.

Installer un runner pour les Actions

Pour que les workflows s’exécutent, vous avez besoin d’un « runner », un agent qui exécute les tâches définies dans vos fichiers YAML. Forgejo propose forgejo-runner, facile à installer :

docker run -d --name forgejo-runner \

  -v /var/run/docker.sock:/var/run/docker.sock \

  -v runner_data:/data \

  -e FORGEJO_INSTANCE_URL=http://votre-forge:3000 \

  -e FORGEJO_RUNNER_REGISTRATION_TOKEN=votre_token \

  code.forgejo.org/forgejo/runner:latest

Le token d’enregistrement se récupère dans l’interface d’administration de Forgejo (Administration > Runners). Une fois le runner enregistré, toutes vos Actions se déclencheront automatiquement sur votre infrastructure.

La fédération ActivityPub : le futur décentralisé des forges

C’est la fonctionnalité qui distingue fondamentalement Forgejo de tous ses concurrents, et qui pourrait changer la façon dont les développeurs collaborent à l’échelle mondiale. En janvier 2026, Forgejo est devenu la principale implémentation d’une forge fédérée basée sur ActivityPub.

Qu’est-ce que la fédération ActivityPub ?

ActivityPub est le protocole qui fait tourner le « Fediverse », l’écosystème des réseaux sociaux décentralisés comme Mastodon (l’alternative à Twitter), PeerTube (l’alternative à YouTube), ou Pixelfed (l’alternative à Instagram). Sur Mastodon, un utilisateur sur une instance peut suivre et interagir avec un utilisateur sur une autre instance, sans que les deux instances soient contrôlées par la même entité.

Forgejo applique ce même principe aux forges logicielles. Imaginons que votre équipe héberge une forge sur forge.maboite.fr et qu’un contributeur externe héberge sa forge sur forge.sonlabo.eu. Avec la fédération, ce contributeur externe pourrait soumettre une pull request depuis sa forge vers votre forge, sans avoir de compte sur votre instance. Les discussions, les issues, les forks, tout cela pourrait fonctionner de façon décentralisée, entre instances indépendantes.

C’est encore expérimental en 2026, certaines fonctionnalités de modération et de contrôle d’accès doivent encore être développées. Mais la direction est tracée, et c’est une vision radicalement différente de celle de GitHub ou GitLab.

Choisir entre Forgejo auto-hébergé et Codeberg

Vous n’avez pas forcément envie de gérer votre propre serveur. C’est tout à fait compréhensible, l’auto-hébergement demande un minimum d’entretien (mises à jour de sécurité, sauvegardes, monitoring). Dans ce cas, Codeberg est votre meilleure option.

Codeberg est la plus grande instance publique de Forgejo au monde. C’est une association à but non lucratif allemande (Codeberg e.V.) qui héberge plus de 300 000 dépôts et 200 000 comptes d’utilisateurs. C’est gratuit, les données sont hébergées en Allemagne (RGPD natif), et la gouvernance est transparente et communautaire. Vous créez un compte sur codeberg.org, exactement comme sur GitHub, et vous bénéficiez d’un Forgejo sans avoir à gérer le moindre serveur.

 Forgejo auto-hébergéCodeberg (instance publique)
Contrôle total✅ Oui⚠️ Dépend de Codeberg e.V.
Maintenance requise✅ Oui (mises à jour, backups)❌ Non, géré par Codeberg
CoûtPrix du serveur (~5-15€/mois)Gratuit (dons appréciés)
Confidentialité✅ Maximale (votre infra)✅ Très bonne (Allemagne, RGPD)
DisponibilitéDépend de votre installation✅ SLA professionnel
Idéal pourEntreprises, équipes, dev avancésParticuliers, projets open source

Forgejo vaut-il vraiment la migration ?

Pour un développeur solo ou une petite équipe qui veut simplement héberger son code de façon souveraine sans dépenser une fortune, Forgejo est une évidence. L’installation prend quinze minutes. L’interface est propre, rapide, et couvre 95 % des usages de GitHub sans effort. Les Forgejo Actions permettent de réutiliser vos workflows existants. Et vous dormez mieux en sachant que votre code n’est sur aucun serveur que vous ne contrôlez pas.

Pour les grandes équipes ou les entreprises, la décision est plus nuancée. GitHub et GitLab ont des années d’avance en termes d’intégrations tierces, de boutiques d’actions, et de fonctionnalités enterprise (audit logs, SSO avancé, scan de sécurité natif…). Ce n’est pas un choix anodin, et il faut évaluer sérieusement le coût en termes de migration et de maintien de l’infrastructure.

Ce qui est certain, c’est que l’élan derrière Forgejo est réel et croissant. Les développeurs commencent à questionner leur dépendance à GitHub, pas par idéologie, mais pour des raisons pratiques et économiques. Et Forgejo est aujourd’hui l’alternative la plus mature, la mieux gouvernée, et la plus prometteuse pour y répondre.

À propos Kamleu Noumi Emeric

Je suis un ingénieur en télécommunications et je suis le créateur du site tech-connect.info. J'ai une grande passion pour l'art, les hautes technologies, les jeux, les vidéos et le design. Aimant partager mes connaissances, Je suis également blogueur pendant mon temps libre. Vous pouvez me suivre sur ma page sociale Facebook.

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