Il y a encore cinq ans, réserver une voiture avec chauffeur depuis son téléphone relevait de l’exception dans la plupart des grandes villes africaines. Aujourd’hui, le secteur du VTC (véhicule de transport avec chauffeur) est devenu l’un des terrains de bataille les plus disputés du continent, entre géants internationaux et champions locaux qui refusent de céder du terrain. Uber, Bolt, Gozem, Moja Ride : ces noms s’affichent désormais sur les téléphones de millions d’Africains, et les investisseurs commencent à s’en apercevoir sérieusement. On vous explique pourquoi ce marché, longtemps jugé secondaire, prend soudain une valeur considérable.
Un marché qui a changé de dimension en trois ans
Selon les données compilées par le média spécialisé We Are Tech Africa, les habitudes de consommation d’internet ont profondément évolué sur le continent au cours des trois dernières années, portées par la baisse du prix des smartphones et l’extension de la couverture réseau, des millions de nouvelles personnes utilisent aujourd’hui des services numériques qui n’existaient tout simplement pas dans leur quotidien auparavant, dont la réservation de trajets en ligne.
| 🔵 Pour les non-initiés, c’est quoi un VTC ? VTC signifie « Véhicule de Transport avec Chauffeur ». Contrairement à un taxi traditionnel qu’on hèle dans la rue, un VTC se réserve à l’avance via une application mobile, avec un prix affiché avant le départ, une géolocalisation en temps réel et, souvent, un paiement dématérialisé. C’est le modèle popularisé par Uber depuis 2009. |
Les chiffres qui donnent le tournis
Le cas de Bolt, la start-up estonienne devenue l’un des plus gros acteurs du secteur en Afrique, illustre bien l’ampleur du phénomène. L’entreprise revendique environ 900 000 chauffeurs actifs, qui transportent près de 47 millions de clients à travers sept marchés africains : le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Nigeria, le Ghana, l’Afrique du Sud et la Tunisie.
| Acteur | Origine | Particularité |
| Bolt | Estonie | 900 000 chauffeurs, 47 millions de clients sur 7 marchés africains ; 500 millions d’euros investis sur le continent |
| Uber | États-Unis | Présent dans plusieurs grandes métropoles africaines depuis 2013 |
| Gozem | Togo | Surnommée le « Gojek africain » ; combine transport, livraison et services financiers ; a levé 30 millions de dollars |
| Moja Ride | Côte d’Ivoire | Acteur local ivoirien, exemple de la multiplication des concurrents nationaux face aux géants étrangers |
| Yango, Heetch | Russie, France | Autres opérateurs étrangers actifs sur le continent |
Bolt a d’ailleurs choisi Nairobi, au Kenya, pour y installer son siège régional dès 2022, consolidant sa présence en Afrique de l’Est face à des concurrents locaux comme Farasi Cabs ou Yego Global. Sur ce seul marché kényan, l’entreprise a annoncé vouloir injecter 100 millions d’euros pour asseoir sa position dominante.
Gozem, le champion francophone qui monte en gamme
Impossible de parler de VTC en Afrique francophone sans évoquer Gozem. Fondée au Togo en novembre 2018, la start-up s’est d’abord concentrée sur des marchés jugés « secondaires » par l’industrie du secteur (le Togo, le Bénin, le Gabon, le Cameroun) avant de lancer ses activités au Congo-Brazzaville en novembre 2025. Fin 2026, elle doit franchir une étape symbolique importante en s’implantant en Côte d’Ivoire, un sixième marché qui marque la fin de sa stratégie centrée sur les « petits » pays.
Le modèle de Gozem dépasse largement le simple transport : l’application combine réservation de trajets, livraison de colis, mobile money (transfert et paiement d’argent par téléphone) et divers services financiers. C’est ce qui lui vaut son surnom de « Gojek africain », en référence à la super-application indonésienne qui a inventé ce modèle tout-en-un en Asie du Sud-Est.
| 🟡 C’est quoi une « super-application » ? Une super-application regroupe plusieurs services normalement séparés (transport, paiement, livraison, messagerie…) dans une seule et même appli. C’est un modèle très répandu en Asie (WeChat en Chine, Grab en Asie du Sud-Est) qui se développe désormais fortement en Afrique, où M-Pesa au Kenya a ouvert la voie dès les paiements mobiles. |
Pourquoi un marché encore « peu préparé »
Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, la réglementation du secteur des VTC reste souvent floue ou inexistante dans de nombreux pays africains, ce qui crée à la fois des opportunités et des zones de flou juridique pour les opérateurs comme pour les chauffeurs.
- Absence fréquente de cadre légal clair encadrant le statut des chauffeurs et la fiscalité applicable ;
- Concurrence parfois brutale entre opérateurs étrangers aux moyens financiers considérables et acteurs locaux plus modestes mais mieux implantés culturellement ;
- Une informalité persistante du transport urbain traditionnel, que ces applications cherchent justement à structurer et moderniser.
En Angola par exemple, la start-up Anda affiche explicitement l’ambition de « formaliser le transport informel », un objectif qui résume bien l’enjeu de fond de tout le secteur sur le continent : transformer une économie de la débrouille en un marché structuré, traçable et taxable.
Ce qui se joue actuellement dans le secteur du VTC africain dépasse largement la simple question du transport urbain. C’est un test grandeur nature de la capacité du continent à faire émerger ses propres champions numériques face à des géants internationaux surcapitalisés. Le fait que des acteurs comme Gozem ou Moja Ride tiennent tête à Uber et Bolt sur leurs marchés d’origine, en s’appuyant sur une meilleure connaissance du terrain et des services financiers adaptés aux réalités locales (mobile money en tête), est un signal encourageant pour l’écosystème tech africain dans son ensemble. Reste à voir si ce dynamisme se traduira par un cadre réglementaire plus protecteur pour les chauffeurs, qui restent aujourd’hui le maillon le plus fragile de cette chaîne de valeur en pleine explosion.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
- Utilisez-vous une application de VTC au quotidien ? Laquelle, et pourquoi ?
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Source : We Are Tech Africa
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