Le Sénégal importe une grande partie de ses ordinateurs, de ses tablettes et de ses téléphones. Et le 6 octobre 2026, à Dakar, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, a apposé sa signature au bas d’un accord qui veut changer ça : un complexe d’assemblage d’équipements numériques à Diamniadio, dont le démarrage est annoncé pour décembre 2026.
Beau projet, grosse promesse. Mais entre l’annonce et l’atelier qui tourne, il y a toujours un fossé, parfois un gouffre. Voyons ce qui est réellement acté, ce qui est chiffré… et ce qui reste dans le brouillard.
Ce qui a été signé, au juste
- Quand et où : le 6 octobre 2026, à Dakar.
- Qui : l’État du Sénégal, l’entreprise indienne Blue Cloud Softech Solutions (basée à Hyderabad) et un conseil d’investisseurs pour l’Afrique, nommé CMIA en français, GCIB ou WIBC Africa selon les sources.
- Dans quel cadre : le programme n° 8 du New Deal Technologique, baptisé « Senegal Digital Factory : de l’idée au produit », lui-même rattaché à l’agenda Sénégal 2050.
- Quoi : des ordinateurs, des smartphones et des tablettes, pour le marché local et régional, assemblés à Diamniadio.
| 📘 Définitions pour débutants Protocole d’accord (ou « MoU ») : un document où des partenaires s’engagent à travailler ensemble sur un projet. C’est une déclaration d’intention, pas un contrat ferme : on se serre la main avant de signer l’achat. Assemblage vs fabrication : assembler, c’est monter un appareil à partir de composants déjà fabriqués ailleurs, comme monter un meuble en kit. Fabriquer, c’est produire les pièces elles-mêmes (puces, écrans, batteries). Ce projet parle d’assemblage, ce qui est déjà un premier pas industriel, mais pas la fabrication de puces. |
Pourquoi le Sénégal s’y met
La logique est comptable avant d’être patriotique. Selon les chiffres cités par la presse sénégalaise et par le ministère, le pays importe environ 419 milliards de FCFA de matériel chaque année, soit près de 640 millions d’euros (au taux fixe de 655,957 FCFA pour 1 euro). Autant d’argent qui part à l’étranger, alors que l’objectif affiché est de passer, selon la formule officielle, d’une économie de consommation à une économie de conception et de production.
Le cadre général est colossal : le New Deal Technologique est une stratégie de transformation numérique chiffrée à environ 1 100 milliards de FCFA (quelque 1,7 milliard d’euros) jusqu’en 2034. Le programme Digital Factory a, lui, été lancé en avril 2026 avec l’UniPod de Diamniadio.
Il existe d’ailleurs déjà un petit atelier pilote : SunuCorp, à Keur Ndiaye Lo, qui assemble des ordinateurs portables, des unités tout-en-un et des écrans interactifs, pour une capacité d’environ 7 500 ordinateurs par an. Le futur complexe change donc d’échelle, pas de métier.
Le bémol : ce que personne ne vous dit en une ligne
| ⚠️ À lire avant de se réjouir (ou de s’inquiéter) Un protocole d’accord, pas un chèque. Selon PressAfrik, l’accord est « non exclusif » et « sans obligation financière directe » pour les parties, avec une durée de trois ans. D’autres médias parlent pourtant de 88 milliards de FCFA. Qui paie quoi ? Aucune source ne le détaille. Assembler, ce n’est pas produire des puces. Les composants viendront d’ailleurs. Leur origine n’est pas précisée. Les prix ne sont pas annoncés. Rien n’indique que les appareils seront moins chers que ceux importés. |
Ce qu’il faudra surveiller
- Décembre 2026 : l’ouverture réelle du complexe, avec des tests de mise en service annoncés avant le lancement.
- Début 2027 : l’arrivée des premiers appareils, si le calendrier tient.
- Le financement : l’annonce d’un montage précis (qui apporte quoi, sous quelle forme).
- Le prix et la garantie : un téléphone « made in Sénégal » ne convaincra que s’il est abordable et réparable localement.
- La formation : le texte évoque assemblage, maintenance de composants et conception industrielle ; reste à voir combien de jeunes en bénéficieront.
| 💡 Note : Le projet est cohérent avec un mouvement plus large : plusieurs pays africains cherchent à héberger leurs données, leur IA et maintenant leur matériel. Nous avons déjà parlé de l’IA souveraine ouest-africaine et des data centers du continent ; ce dossier est la pièce « matériel » de ce puzzle. Nous suivrons les annonces de décembre. |
Tech-Connect Actualités tech, tutoriels et astuces informatiques expliqués simplement