Imaginez un bateau qui file à près de 60 km/h, sans une goutte de diesel, en volant au-dessus de l’eau sur des ailes de carbone. Ce n’est pas un bateau de course : c’est un bateau-pilote, ce petit navire qui dépose des marins experts sur les cargos géants. La société nord-irlandaise Artemis Technologies vient de mettre à l’eau le sien. Voici ce que l’on sait vraiment, et ce qui reste à prouver.
Un bateau-pilote, ça sert à quoi ?
Quand un gros navire entre dans un port, un pilote (un spécialiste du chenal de navigation) monte à bord pour le guider. Ce pilote arrive par un bateau dédié, qui se range le long du cargo en pleine mer. Il saute alors d’une coque à l’autre, souvent par mauvais temps. C’est une opération réputée dangereuse.
🟦 DÉFINITION POUR DÉBUTANTS : qu’est-ce qu’un hydroptère ? Un hydroptère est une aile immergée sous la coque. À partir d’une certaine vitesse, elle génère de la portance, comme l’aile d’un avion, et soulève la coque hors de l’eau. Moins de contact avec l’eau, donc moins de frottements, moins d’énergie dépensée et moins de vagues derrière le bateau.
Les bateaux-pilotes classiques ont une coque en V profond, robuste et lourde et ils atteignent environ 25 nœuds en mer agitée.
L’EF-12 Pilot : ce que dit la fiche technique
Le modèle s’appelle EF-12 Pilot. Il est construit par Artemis Technologies, basée à Belfast, autour de son système de propulsion électrique « eFoiler » :
| Caractéristique | Valeur annoncée |
|---|---|
| Vitesse maximale | jusqu’à 32 nœuds (environ 59 km/h) |
| Autonomie en vol sur foils | 45 à 55 milles nautiques (environ 83 à 102 km) |
| Recharge | moins d’une heure sur borne rapide en courant continu |
| Motorisation | électrique, en version un ou deux moteurs |
| Foils | fibre de carbone, avec contrôle de vol électronique |
| Capacité de la batterie | non communiquée |
| Dimensions, poids, prix | non communiqués |
Le point le plus intéressant n’est pas la vitesse. C’est la stabilisation active : le système ajuste en continu la hauteur de vol, le roulis et le tangage, pour garder le pont stable au moment du transfert des pilotes, même à vitesse élevée. Les foils réduisent aussi le sillage, ce qui permet de rouler vite dans un port sans abîmer les berges.
Qui l’a commandé ?
Selon Electrive (29 juin 2026), le Port of Tyne (Royaume-Uni) figure parmi les clients, aux côtés de Brabo (Belgique), de l’administration maritime suédoise et de Noatum Maritime (Abou Dabi). Le port de Rotterdam teste de son côté depuis le printemps 2025 une autre version, l’EF-12 Workboat.
🟨 À SAVOIR : un calendrier qui a glissé. Quand le Port of Tyne a annoncé sa commande, en mars 2025, la livraison était prévue « avant la fin de l’année ». Le bateau n’a été mis à l’eau qu’en juin 2026, et il est toujours en essais en mer. Ce n’est pas anormal pour un premier exemplaire d’un concept nouveau, mais cela rappelle la distance entre une annonce et un service quotidien.
Écologie : des promesses à manier avec prudence
Artemis affirme qu’un bateau de travail classique brûle jusqu’à 800 litres de carburant par jour, et que son modèle éviterait ainsi environ 1 200 tonnes de CO₂ par an selon le constructeur.
Par ailleurs, l’impact réel dépend de l’électricité qui recharge le bateau. Le Port of Tyne parle d’électricité d’origine renouvelable ; cela reste à observer en exploitation.
Prototype, essai ou produit ? Faisons le point
| Statut | Verdict |
|---|---|
| Démonstration promotionnelle | Non, un vrai bateau est à l’eau |
| Prototype en essais en mer | Oui, c’est l’état actuel |
| Produit commercialisé en service régulier | Pas encore, selon les sources consultées |
| Intérêt de plusieurs ports | Confirmé par plusieurs clients cités |
Une autre question reste la recharge : recharger plus d’une heure pèse lourd dans un quart de travail de huit heures avec plusieurs transferts. L’utilisation de batteries de rechange est necessaire dans ce cas de figure.
En résumé
- Un bateau-pilote 100 % électrique à foils existe bel et bien et navigue en essais.
- Ses performances annoncées (32 nœuds, 45 à 55 milles) sont celles du constructeur.
- Prix, capacité de batterie et date de service régulier restent inconnus.
Question aux lecteurs
Seriez-vous rassurés de voir ce type de bateau dans votre port ? Pensez-vous que le « vol » sur foils reste une affaire de bateaux de course, ou une vraie solution pour le transport maritime ? Dites-le-nous en commentaire.
Source: Artemis Technologies
