On vous a déjà parlé du retour en grâce du JPEG XL dans les navigateurs. Mais il n’est pas seul sur le ring : l’AVIF s’est imposé depuis plusieurs années comme le format « nouvelle génération » par défaut, le WebP équipe déjà la majorité du web, et le bon vieux JPEG, lui, refuse obstinément de mourir.
Plutôt que de vous resservir un discours marketing, on a comparé les quatre formats critère par critère, avec une note sur 5 à chaque fois, pour que vous sachiez lequel choisir selon votre usage : site web, archivage photo, ou simple partage du quotidien.
Avant de comparer, quelques repères
La compression avec perte réduit la taille d’un fichier en supprimant des détails jugés peu visibles à l’œil ; sans perte, elle réduit la taille sans rien sacrifier, mais gagne moins de place.
Le décodage progressif affiche une image floue qui se précise au fil du chargement, plutôt qu’un chargement ligne par ligne classique. Utile sur une connexion lente.
La HDR (grande gamme dynamique) permet à une image de conserver plus de détails dans les zones très claires et très sombres à la fois.
Le tableau noté, critère par critère
Notes sur 5 (5 = excellent), établies à partir de plusieurs bancs d’essai indépendants (sources en fin d’article) :
| Critère | JPEG | WebP | AVIF | JPEG XL |
|---|---|---|---|---|
| Compression (vs JPEG) | 2/5 (référence) | 3/5 (-25 à -35 %) | 5/5 (-40 à -60 %) | 4,5/5 (-40 à -55 %) |
| Qualité photo | 3/5 | 3,5/5 | 4,5/5 | 4,5/5 |
| Qualité illustrations/texte | 2,5/5 | 3/5 | 3,5/5 (banding possible) | 5/5 |
| Vitesse d’encodage | 5/5 | 4,5/5 | 2/5 (lent) | 3,5/5 |
| Vitesse de décodage | 5/5 | 4,5/5 | 3/5 | 4/5 |
| Compatibilité navigateurs | 5/5 | 4,5/5 (quasi universel) | 4,5/5 (~93-94 %) | 1,5/5 (Safari surtout) |
| HDR / grande gamme de couleurs | 1/5 | 1,5/5 | 4,5/5 | 5/5 (jusqu’à 32 bits/canal) |
| Sans perte / transparence | 2/5 | 4/5 | 4/5 | 5/5 |
| Animation | 1/5 (non) | 4/5 | 4/5 | 4/5 |
Ce que ces notes veulent dire, en clair
- AVIF reste le choix « sûr » pour un site web aujourd’hui : la meilleure compression du lot, un support navigateur déjà très large (Chrome, Firefox, Safari, Edge), au prix d’un encodage plus lent côté serveur et d’un décodage plus gourmand côté visiteur.
- JPEG XL est le plus complet sur le papier : il égale ou dépasse l’AVIF en qualité, se montre nettement meilleur sur les images non photographiques (logos, captures d’écran, illustrations), et gère un vrai décodage progressif. Son talon d’Achille, c’est la compatibilité.
- WebP reste un compromis honnête et sans risque : moins impressionnant que les deux précédents, mais pris en charge quasiment partout depuis des années, avec des outils matures.
- JPEG n’a plus d’avantage technique, seulement l’avantage de l’habitude : tout logiciel, tout appareil photo, toute visionneuse le lit sans réfléchir.
Où en est vraiment la compatibilité JPEG XL ?
C’est le nœud du problème, et les sources ne racontent pas exactement la même histoire sur le calendrier :
- Chrome : Google a activé le support natif de JPEG XL dans Chrome 155, déployé le 6 octobre 2026. Après son abandon en 2023, le format revient dans le navigateur grâce à un nouveau décodeur écrit en Rust,
jxl-rs, choisi pour renforcer la sécurité mémoire tout en maintenant de bonnes performances. - Safari : support natif depuis la version 17 (2023), mais partiel : pas d’animation, pas de décodage progressif.
- Firefox : Firefox 158, publié le 13 octobre 2026, active le décodage JPEG XL par défaut sur desktop et Android. C’est le même décodeur Rust jxl-rs que Chrome, ce qui garantit une sécurité mémoire équivalente.
- Edge : aucune annonce officielle recensée à ce jour.
Résultat concret : on peut évaluer la couverture mondiale effective du JPEG XL à environ 88% des navigateurs d’ébut octobre d’ici fin 2026 si on tient en compte que tous les utilisateurs seront sur les nouvelles versions supportant le JPEG XL.
Pour un site web, la pratique recommandée reste de proposer plusieurs formats via la balise `<picture>` ou la négociation de contenu côté serveur (en-tête Accept), avec l’AVIF ou le WebP en formats principaux et le JPEG classique en repli universel. Le JPEG XL peut s’ajouter en bonus pour les navigateurs compatibles, pas en remplacement unique. Pour un usage personnel (archivage photo, export depuis un logiciel de retouche), le JPEG XL a plus de sens dès aujourd’hui : vous contrôlez le logiciel qui ouvre le fichier, le problème de compatibilité web disparaît.
Ne basculez pas tout un site en JPEG XL seul. Une bonne partie de vos visiteurs ne verrait tout simplement rien s’afficher sans solution de repli si ils sont encore sur d’anciennes versions de chrome ou firefox, ou s’ils utilisent d’autres navigateurs non compatibles. L’AVIF est lent à encoder. Sur un gros volume d’images (boutique en ligne, banque d’images), prévoyez du temps serveur ou un outil dédié, pas une conversion à la volée pour chaque visite. Certains outils grand public ne savent toujours pas créer de JPEG XL, même quand ils savent le lire : vérifiez la fonction d’export, pas seulement l’aperçu, avant de choisir votre logiciel.
Si l’on devait résumer en une phrase : l’AVIF a déjà gagné le web d’aujourd’hui, le JPEG XL pourrait gagner celui de demain. En attendant que la compatibilité navigateur rattrape ses qualités techniques, le JPEG XL reste un formidable outil pour qui contrôle toute la chaîne (son propre archivage, un usage professionnel, un pipeline interne), bien plus qu’un remplaçant universel immédiat. Pour un site grand public, la martingale actuelle reste AVIF en priorité, WebP en repli, JPEG en dernier recours. (Opinion de la rédaction.)
À vous la parole
- Convertissez-vous déjà vos images en AVIF ou WebP, ou restez-vous au JPEG par habitude ?
- Le JPEG XL mérite-t-il, selon vous, qu’on patiente encore pour une compatibilité universelle ?
- Pour votre usage personnel, la qualité d’image ou la taille du fichier compte-t-elle davantage ?
- Quel format utilisez-vous aujourd’hui pour partager vos photos en ligne ?
Source : CoreWebVitals
