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Faire tourner du macOS sur Linux, du Windows sans Windows : 3 projets fous qui existent vraiment

Faire tourner du macOS sur Linux, du Windows sans Windows 3 projets fous qui existent vraiment

Il y a une catégorie de projets informatiques qui fascine particulièrement dans le monde du logiciel libre : ceux qui consistent à recréer, de zéro ou presque, l’expérience d’un système d’exploitation propriétaire, sans jamais utiliser une seule ligne de code de l’original. Pas une réplique visuelle superficielle, non : une tentative sérieuse de faire tourner les mêmes applications, avec la même logique interne, mais sur une fondation entièrement libre. Ce genre d’entreprise tient autant du défi technique ahurissant que du pari un peu fou. Et pourtant, trois projets de ce type ont fait l’actualité de la communauté tech ces derniers jours. On vous les présente.

🔵 Pour les non-initiés

On parle ici de « compatibilité binaire » : la capacité à faire tourner directement un programme conçu pour un système d’exploitation (disons macOS) sur un système totalement différent (disons Linux), sans avoir à réécrire ce programme. C’est un des défis les plus ardus de l’informatique système, car chaque système d’exploitation gère différemment la mémoire, les fichiers, les appels système et l’affichage graphique.

Darling : faire tourner des applications macOS sur Linux

Darling est sans doute le plus mature des trois projets présentés ici, et son nom n’est pas choisi au hasard : c’est un clin d’œil à Darwin, le cœur open source de macOS sur lequel Apple construit son système depuis les origines de Mac OS X. L’idée de Darling est simple à énoncer, redoutablement complexe à réaliser : permettre à des applications compilées pour macOS de s’exécuter directement sur une distribution Linux classique, un peu à la manière dont Wine permet de faire tourner des logiciels Windows sur Linux.

Concrètement, Darling met en place une couche de compatibilité qui traduit à la volée les appels système propres à Darwin (le noyau de macOS) vers leurs équivalents sous Linux. C’est un exercice particulièrement délicat, car les deux systèmes, bien qu’issus tous deux de la famille Unix, gèrent différemment de nombreux mécanismes internes : la gestion de la mémoire, le format des exécutables, ou encore les bibliothèques graphiques.

2. RavynOS : un système entier pensé comme macOS, construit sur FreeBSD

Si Darling se contente d’ajouter une couche de traduction à un Linux existant, RavynOS voit beaucoup plus grand : c’est un système d’exploitation complet, conçu de A à Z pour offrir une expérience et une compatibilité proches de macOS. Sa particularité technique la plus intéressante, c’est le choix de sa fondation : plutôt que Linux, RavynOS s’appuie sur FreeBSD.

Ce choix n’a rien d’anecdotique. macOS lui-même repose sur Darwin, qui partage une lignée technique commune avec les systèmes BSD (Berkeley Software Distribution) bien plus proche, historiquement, que ne l’est Linux. Les noyaux BSD prennent notamment en charge une interface d’appels système « étrangère », ce qui facilite grandement l’émulation des appels système Mach propres à macOS, sans avoir à recréer artificiellement une couche de compatibilité BSD comme doit le faire Darling sur Linux.

Les ambitions du projet sont vastes : compatibilité de code source (pouvoir compiler directement une application Mac sur RavynOS), interface graphique reprenant les codes visuels familiers de macOS (barre de menu supérieure, launcher d’applications, gestionnaire de fichiers), organisation des dossiers calquée sur celle de macOS (/Library, /System, /Users, /Volumes), prise en charge des systèmes de fichiers HFS+ et APFS, et un système d’applications autonomes en App Bundles compatible avec les fichiers DMG.

🟡 Où en est vraiment le projet ? RavynOS reste un projet en phase alpha, avec plus de 6 000 étoiles sur GitHub et une version 0.6.1 (surnommée « Hyperpop Hyena ») disponible au téléchargement pour les curieux. Les binaires C et Objective-C simples fonctionnent, certaines applications Cocoa natives se compilent et s’exécutent, l’installateur lui-même tourne nativement. Mais des logiciels comme Photoshop ou Xcode restent hors de portée, probablement pour des années encore. La communauté du projet elle-même estime qu’il faudra encore 5 à 10 ans avant d’atteindre une réelle maturité, un délai qui n’a rien d’exceptionnel pour ce type de projet : ReactOS (voir ci-dessous) travaille depuis plus de vingt ans sans avoir encore atteint sa version 1.0.

3. ReactOS : recréer Windows depuis zéro, sans une ligne de code de Microsoft

Le doyen des trois projets, et probablement le plus ambitieux dans son principe même : ReactOS vise à construire, entièrement à partir de zéro, un système d’exploitation compatible avec Microsoft Windows, capable de faire tourner les mêmes pilotes et les mêmes applications que Windows, sans jamais avoir utilisé ou copié une seule ligne du code source de Microsoft.

Le projet a démarré au tout début des années 2000, principalement autour de la compatibilité avec Windows Server 2003. Plus de vingt ans plus tard, ReactOS n’a toujours pas atteint sa version 1.0, ce qui illustre à quel point recréer un système d’exploitation moderne, aussi complexe et documenté par la rétro-ingénierie plutôt que par un accès au code source, relève d’un travail titanesque. Pour donner un ordre de grandeur comparable : Haiku, le projet qui recrée BeOS, a mis dix-huit ans à sortir sa première bêta officielle.

Pourquoi personne ne devrait s’attendre à un miracle

Il serait malhonnête de vous laisser croire que l’un de ces trois projets remplacera demain votre Mac ou votre PC Windows habituel. Ce sont, et ce sont tous les trois, des projets expérimentaux, à des stades de maturité très différents, destinés avant tout aux curieux, aux bidouilleurs et aux passionnés de systèmes. Leur intérêt est ailleurs : ils démontrent qu’il est possible, avec suffisamment de temps, de rigueur et de contributeurs bénévoles, de recréer une expérience logicielle propriétaire sans jamais toucher au code original, une prouesse d’ingénierie inverse qui force le respect, même quand le résultat reste, pour l’instant, largement expérimental.

Comparatif express

ProjetCibleFondation techniqueMaturité
DarlingApplications macOSCouche de compatibilité sur LinuxFonctionnel pour des cas simples
RavynOSExpérience macOS complèteFreeBSD + DarwinAlpha (v0.6.1)
ReactOSCompatibilité WindowsNoyau réécrit de zéroPlus de 20 ans de développement, pas de v1.0

Un défi technique fascinant, ou une quête sans fin ?

Ces trois projets posent une question qui dépasse la simple prouesse technique : jusqu’où la communauté du logiciel libre peut-elle et doit-elle aller pour recréer ce que les géants du secteur gardent jalousement fermé ? D’un côté, on peut y voir une démarche d’émancipation technologique, une façon de refuser l’enfermement dans un écosystème propriétaire. De l’autre, certains y verront une énergie collective considérable investie dans une course sans fin, puisque Apple et Microsoft continuent, eux, d’avancer et de complexifier leurs systèmes.

Avez-vous déjà testé l’un de ces trois projets ? Dites-nous en commentaire votre expérience, bonne ou mauvaise, et si vous pensez que ce type d’initiative a un avenir réel ou restera à jamais un terrain de jeu pour passionnés.

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