Le 26 août 2026, The Document Foundation publiait LibreOffice 26.8. Une semaine plus tard, la suite bureautique open source affichait plus d’un million de téléchargements (1 031 162 très exactement) soit le meilleur démarrage de son histoire. Rien d’anormal en soi pour un logiciel gratuit et populaire. Sauf que cette version se distingue par ce qu’elle n’a pas : aucune fonctionnalité d’intelligence artificielle générative. Et selon toute vraisemblance, ce choix n’y est pas pour rien.
Un record de téléchargements, à prendre avec un peu de recul
Avant de s’enflammer, remettons les chiffres en perspective. 1 031 162 téléchargements en une semaine, c’est effectivement le total le plus élevé jamais enregistré pour une première semaine de LibreOffice. Mais la Document Foundation elle-même le rappelle : un téléchargement d’installateur ne correspond pas forcément à un nouvel utilisateur. Certaines de ces installations sont des mises à jour automatiques, d’autres des réinstallations, d’autres encore des téléchargements multiples par la même personne testant plusieurs systèmes.
- LibreOffice 26.8 est disponible pour Windows, macOS et Linux, en x86 comme en ARM64, dans 120 langues.
- La fondation constate également une hausse générale des volumes de téléchargement depuis le début de l’année 2026, tendance qu’elle relie en partie à la fin de vie de Windows 10 et à un intérêt croissant pour Linux sur les ordinateurs personnels.
- La suite reste distribuée sous licence libre Mozilla Public License 2.0 : gratuite, sans abonnement, sans création de compte obligatoire.
| 📌 À noter : la corrélation n’est pas la preuve La Document Foundation a elle-même souligné qu’on peut supposer que l’absence d’IA intégrée a contribué à la popularité de cette version, mais que rien ne permet d’affirmer que ce facteur est la cause directe du record de téléchargements. Plusieurs éléments se cumulent : la fin de Windows 10, l’essor de Linux, et une couverture médiatique inhabituellement large pour une sortie de suite bureautique. Il serait donc malhonnête de résumer ce succès au seul refus de l’IA même si le sujet a clairement capté l’attention. |
« Un choix délibéré, pas un oubli »
C’est la formule employée par The Document Foundation elle-même pour qualifier l’absence de toute fonctionnalité d’IA générative dans LibreOffice 26.8. Aucun document n’est envoyé vers un service distant pour y être traité, et aucun composant de la suite ne nécessite d’accès réseau pour fonctionner.
| 💡 Pour les non-initiés : pourquoi envoyer un document « vers le cloud » pose problème Quand un logiciel comme Word ou Google Docs propose de résumer, corriger ou reformuler un texte grâce à l’IA, le contenu de votre document doit généralement transiter par les serveurs de l’éditeur pour être traité par le modèle de langage. Pour une lettre personnelle, ce n’est pas forcément un problème. Mais pour un contrat confidentiel, un dossier médical, ou un document interne à une administration, cela pose une vraie question : qui a accès à ce contenu pendant le trajet, et que devient-il ensuite ? LibreOffice, en ne traitant jamais vos documents hors de votre machine, évite complètement cette question. |
Le lendemain de la couverture médiatique de ce record de téléchargements, la fondation a publié un billet au titre sans ambiguïté : « Oui, l’absence d’IA est désormais une fonctionnalité. » Un positionnement assumé, mais nuancé : TDF ne rejette pas l’intelligence artificielle par principe. L’organisation explique simplement que les technologies actuelles ne satisfont pas encore, à ses yeux, aux exigences nécessaires pour une intégration par défaut dans un logiciel utilisé par des millions de personnes, notamment le contrôle total laissé à l’utilisateur, l’interdiction de transmettre des données à l’extérieur sans autorisation explicite, et l’absence de toute télémétrie cachée.
Les utilisateurs qui souhaitent malgré tout connecter un service d’IA externe peuvent le faire via des extensions, en toute connaissance de cause : l’IA n’est donc pas interdite, elle n’est simplement pas imposée par défaut.
Un contraste frappant avec Microsoft et Apple
Ce choix prend tout son sens quand on le compare à ce que proposent les principaux concurrents en 2026.
| Éditeur | Approche IA en 2026 |
| LibreOffice | Aucune fonctionnalité d’IA générative intégrée par défaut ; traitement 100 % local. |
| Microsoft 365 | Icône d’IA flottante ajoutée dans Word, Excel et PowerPoint, jugée difficile à masquer par de nombreux utilisateurs ; offres payantes proposées même aux abonnés existants. |
| Apple | Fonctions d’écriture et d’image sous « Apple Intelligence », réservées aux appareils les plus récents, les utilisateurs d’appareils plus anciens, pourtant parfaitement fonctionnels, en sont exclus. |
| ONLYOFFICE | Intègre des assistants IA dans sa suite bureautique concurrente, à l’opposé du choix de LibreOffice. |
Pendant des années, LibreOffice a surtout été perçu comme « la suite qu’on installe pour ne pas payer Microsoft 365 ». Une image jamais totalement exacte, mais courante. La version 26.8 change subtilement la donne : elle n’est plus seulement l’alternative gratuite, elle devient une alternative pour ceux qui, précisément, ne veulent pas d’IA imposée dans leur traitement de texte.
Au-delà de l’IA, ce que 26.8 améliore vraiment
Réduire cette version à son absence d’IA serait une erreur. La Document Foundation a concentré ses efforts sur trois axes précis :
- La qualité typographique : un meilleur équilibrage des textes justifiés dans Writer, un détail technique mais visible pour quiconque produit des documents soignés.
- Les systèmes d’écriture : des améliorations qui profitent en particulier aux langues complexes, un point apprécié par les ONG, administrations et entreprises internationales qui utilisent LibreOffice dans des contextes multilingues.
- Les échanges de documents avec d’autres suites bureautiques : une meilleure compatibilité avec les formats Microsoft Office, réduisant les problèmes de mise en forme lors du passage d’un logiciel à l’autre.
La mise à jour concerne l’ensemble des composants de la suite : Writer (traitement de texte), Calc (tableur), Impress (présentations), Draw (dessin vectoriel), Math (édition de formules), Chart et Base (gestion de bases de données). Seule nouveauté susceptible de surprendre : une bannière de don apparaît désormais périodiquement dans le centre de démarrage, sans jamais bloquer une fonctionnalité.
| 💡 Pour les non-initiés : d’où vient LibreOffice ? LibreOffice est né en 2010 d’une scission (un « fork ») du projet OpenOffice.org, lui-même successeur de StarOffice. À l’époque, une partie de la communauté de développeurs craignait que le rachat d’OpenOffice.org par Oracle ne ralentisse ou ne dénature le développement du logiciel libre. Ils ont donc créé leur propre version, gérée depuis par The Document Foundation, une organisation à but non lucratif indépendante de tout éditeur commercial. |
Et vous, qu’en pensez-vous ?
- Préférez-vous un logiciel bureautique sans aucune IA intégrée, ou appréciez-vous les fonctions d’assistance automatique malgré les questions de confidentialité qu’elles posent ?
- Utilisez-vous LibreOffice au quotidien, et si oui, qu’est-ce qui vous a fait franchir le pas depuis Microsoft Office ?
- L’icône IA flottante de Microsoft 365, jugée intrusive par certains utilisateurs, vous dérange-t-elle réellement dans votre usage quotidien ?
- Pensez-vous que d’autres éditeurs de logiciels vont suivre l’exemple de LibreOffice et faire de l’absence d’IA un argument commercial ?
