Le bureau de Raspberry Pi OS n’avait, il faut bien le reconnaître, pas énormément changé depuis des années. Son apparence, délibérément sobre et un brin rétro, rappelait presque les débuts de l’informatique personnelle : une esthétique assumée, presque revendiquée par ses concepteurs, mais qui commençait à sentir le renfermé face à des systèmes d’exploitation concurrents constamment relookés. Le 15 septembre 2026, la fondation Raspberry Pi a mis fin à cette longue accalmie en publiant une mise à jour de son bureau qui ne se contente pas de retoucher deux ou trois couleurs : elle touche en profondeur à la fois l’apparence et les fondations techniques du système.
| 🔵 DÉFINITION : Raspberry Pi OS, pour les non-initiés Raspberry Pi OS est le système d’exploitation officiel conçu pour faire fonctionner les Raspberry Pi, ces petits ordinateurs à carte unique de la taille d’une carte de crédit, prisés aussi bien par les amateurs de bricolage électronique que par les enseignants ou les professionnels pour des projets à petit budget (domotique, serveur personnel, borne d’arcade rétro…). Il s’agit d’une version adaptée de Debian, une distribution Linux réputée pour sa stabilité, elle-même à la base de nombreux autres systèmes d’exploitation libres. |
Un nouveau dock, mais entièrement facultatif
Le changement le plus visible, celui qui saute immédiatement aux yeux sur les captures d’écran partagées par l’équipe de développement, c’est l’apparition d’un dock, cette barre d’icônes d’applications que l’on retrouve sur la plupart des systèmes d’exploitation modernes, de macOS à certaines distributions Linux en passant par les tablettes. Simon Long, l’ingénieur en charge du développement du bureau, a tenu à rassurer immédiatement les utilisateurs les plus attachés à l’apparence historique du système : selon ses propres mots, ces nouvelles fonctionnalités restent entièrement optionnelles, et tant qu’on ne les active pas volontairement, le bureau continue de fonctionner exactement comme avant.
Concrètement, l’utilisateur peut désormais choisir parmi trois profils d’affichage prédéfinis, à sélectionner dans le Centre de contrôle du système :
- Le profil « Dock », qui adopte pleinement l’esthétique moderne avec une barre d’icônes.
- Le profil « Taskbar/Dock », un compromis entre la barre des tâches historique et le nouveau dock.
- Le profil « Taskbar », qui conserve l’apparence classique pour les nostalgiques ou les puristes.
Le nouveau lanceur d’applications mérite également le détour : il propose désormais un affichage en grille, avec la possibilité de trier les applications par ordre alphabétique ou de les organiser soi-même par glisser-déposer, une barre de recherche pour filtrer rapidement, et un mode hiérarchique par catégories dont les icônes composites affichent un aperçu des quatre premières applications qu’elles contiennent, une petite attention de design qui facilite le repérage visuel.
Le vrai changement se cache sous le capot : le passage complet à Wayland
S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de cette mise à jour pour comprendre son importance réelle, ce serait celle-ci : Raspberry Pi OS active désormais Wayland par défaut sur l’ensemble de ses modèles compatibles, en lieu et place du vénérable système X Window (souvent abrégé X11), qui équipait les ordinateurs Linux depuis les années 1980.
| 🟡 À NOTER – X11, Wayland, labwc : de quoi parle-t-on ? X11 et Wayland sont deux façons différentes, pour un système Linux, de gérer l’affichage à l’écran, d’afficher les fenêtres, de capter les clics de souris, de dessiner les menus. X11, le plus ancien des deux, accumule aujourd’hui plus de quarante ans d’histoire et un empilement de correctifs qui finit par peser sur les performances et la sécurité. Wayland, plus récent, a été pensé pour être plus simple, plus rapide et plus sécurisé, mais nécessite un « compositeur » pour fonctionner concrètement, un peu comme un moteur a besoin d’une transmission pour transformer sa puissance en mouvement. Raspberry Pi OS utilise, pour cela, un compositeur baptisé labwc. |
Ce basculement s’accompagne d’un changement de base système : Raspberry Pi OS repose désormais sur Debian Trixie (la toute dernière version stable de Debian au moment de la rédaction), avec un noyau Linux 6.18 LTS (Long Term Support, c’est-à-dire bénéficiant d’un support prolongé dans le temps). Autre précision technique utile pour les utilisateurs les plus aguerris : la branche X11 du système n’est désormais plus mise à jour, ce qui signifie, à moyen terme, que Wayland devient la seule voie d’avenir pour le bureau Raspberry Pi.
Des optimisations pensées pour le matériel le plus modeste
Contrairement à une idée reçue selon laquelle « plus moderne » rimerait forcément avec « plus gourmand en ressources », l’équipe de développement affirme avoir travaillé spécifiquement l’efficacité mémoire de cette mise à jour, un point crucial sur des nano-ordinateurs qui disposent parfois de très peu de mémoire vive.
- L’affichage du fond d’écran repose désormais sur un outil nommé swaybg, réputé pour sa légèreté en mémoire par rapport aux solutions précédentes.
- Sur les systèmes disposant de moins de 2 Go de RAM, Raspberry Pi OS recommande explicitement de désactiver le « bureau actif » (les effets d’animation et de transparence), afin de préserver les performances générales.
- La gestion de l’automontage des périphériques USB a également été revue, en s’appuyant désormais sur un plugin dédié plutôt que sur l’ancien mécanisme.
D’autres nouveautés à ne pas manquer
- Une nouvelle page « Raccourcis clavier » dans le Centre de contrôle, pour consulter et personnaliser plus facilement les combinaisons de touches.
- Un mode horloge analogique dans la barre supérieure, avec des couleurs personnalisables selon les goûts de chacun.
- Un dialogue de capture d’écran repensé, proposant directement une édition rapide ou une copie dans le presse-papiers, ainsi qu’un raccourci Ctrl + Impr. écran pour sélectionner précisément une zone de l’écran à capturer.
Comment mettre à jour, et quelles précautions prendre
Pour les utilisateurs qui disposent déjà d’une installation existante de Raspberry Pi OS, la mise à jour s’effectue de façon classique, en ouvrant un terminal et en saisissant les deux commandes suivantes, l’une après l’autre :
- sudo apt update
- sudo apt full-upgrade
Cette mise à jour concerne les Raspberry Pi 4, 5, 400, 500 et modèles ultérieurs, ainsi que le module de calcul Compute Module 5. Une nuance importante à connaître avant de vous lancer, cependant : plusieurs bugs ont été signalés dans les tout premiers jours suivant la publication, notamment des écrans qui restent vides lors du basculement vers le nouveau compositeur labwc, des soucis de changement de disposition de clavier, ainsi qu’une impossibilité ponctuelle d’utiliser l’outil graphique de configuration réseau depuis la barre des tâches. La plupart de ces correctifs ont été déployés dans les heures suivant leur signalement, mais plusieurs observateurs spécialisés recommandaient, au lancement, de patienter un jour ou deux avant de mettre à jour un appareil critique, un conseil de prudence qui reste, de manière générale, une bonne habitude face à toute mise à jour majeure d’un système.
