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L’IA vient-elle de résoudre un grand problème de maths ? OpenAI déverse 719 preuves d’un coup

OpenAI et les maths 372 problèmes résolus par une IA

Mardi 6 octobre, 18 heures, heure de New York. Sans tambour ni trompette, OpenAI dépose sur GitHub un dossier baptisé tout sobrement « math ». À l’intérieur : 719 manuscrits de démonstrations mathématiques, regroupés en 372 « familles » de problèmes, tous produits par un modèle d’IA interne que personne, hors de l’entreprise, n’a jamais utilisé.

Le lendemain, l’informaticien Scott Aaronson titre son billet de blog « The Mathocalypse » et parle de « l’un des plus grands jours de l’histoire des mathématiques ». Au même moment, d’autres chercheurs grincent des dents et dénoncent des « maths en vrac » impossibles à relire. Qui croire ? On remet de l’ordre dans ce tohu-bohu, sans équation, promis.

🔵 Pour les débutants : c’est quoi une « conjecture » ? Une conjecture, c’est une affirmation que les mathématiciens soupçonnent vraie (ou fausse), mais que personne n’a encore réussi à démontrer. Certaines résistent depuis des siècles. Tant qu’il n’y a pas de preuve, ce n’est qu’une intuition, aussi solide soit-elle. Une démonstration (ou preuve), c’est l’enchaînement de raisonnements logiques qui établit, une fois pour toutes, qu’un énoncé est vrai.

Ce qu’OpenAI a vraiment publié

Ce dernier point est loin d’être anodin. En septembre, pour sa démonstration très médiatisée autour des équations de Navier-Stokes (on vous la racontait ici même), OpenAI avait lancé un essaim de 10 000 agents pour une facture de calcul estimée à plusieurs millions de dollars. Cette fois, la méthode est présentée comme presque artisanale : une consigne, un agent, quelques heures.

Les résultats qui font tourner les têtes

Parmi les centaines de manuscrits, quelques titres ont immédiatement fait réagir la communauté :

ProblèmeDe quoi s’agit-il, en clair ?Statut annoncé
Conjecture de Kakeya en dimension 4Quelle place minimale faut-il pour faire pivoter une aiguille dans toutes les directions ? Résolue en 3D en 2025, restait ouverte en 4D.Solution revendiquée
Hypothèse de RiemannLe plus célèbre problème ouvert des maths, lié à la répartition des nombres premiers. 1 million de dollars à la clé.Avancée partielle, PAS une résolution
Conjecture des jeux uniques (UGC)Une question d’informatique théorique : certains problèmes sont-ils impossibles à résoudre même approximativement ?Preuve « probable » selon S. Aaronson
Exposant d’irrationalité de πÀ quel point π peut-il être approché par des fractions ?Résultat mis en avant par OpenAI
Conjecture de Hodge (cas particulier)Un des 7 problèmes du millénaire, ici dans un cas très restreint (variétés abéliennes CM).Cas particulier revendiqué

Kakeya, ou l’aiguille qui tourne

Prenez une aiguille posée sur une table. Vous voulez la faire pivoter pour qu’elle pointe successivement dans toutes les directions. Quelle est la plus petite surface nécessaire ? Intuitivement, on pense à un disque. Or, le mathématicien Abram Besicovitch a montré dès les années 1920 qu’on peut ruser avec des figures biscornues dont la surface est aussi petite qu’on veut. La conjecture de Kakeya, elle, affirme que ces ensembles, même minuscules, restent « gros » d’une autre manière (leur dimension reste maximale). Résolu en 3 dimensions en 2025 par des humains, le cas 4D était toujours ouvert. Si la preuve de l’IA tient, c’est une vraie pépite.

Riemann : on se calme

Plusieurs titres racoleurs ont parlé d’une IA qui « s’attaque à Riemann ». Nuance capitale : OpenAI revendique une avancée (une zone où la fonction zêta n’a pas de zéros), pas une démonstration de l’hypothèse. Le chèque d’un million de dollars du Clay Institute reste au coffre. Et le dépôt précise lui-même que ce manuscrit a été retouché par des humains pour être lisible.

🔴 Attention : un résultat publié n’est pas un résultat validé

Lean garantit que la logique d’une preuve formalisée est correcte, mais moins de la moitié des résultats principaux sont formalisés. Pour le reste, OpenAI écrit noir sur blanc que « certains résultats non formalisés pourraient comporter des problèmes ». Et même une preuve vérifiée par Lean peut démontrer… autre chose que ce qu’on croit, si l’énoncé a été mal traduit au départ.

Lean, le correcteur qui ne dort jamais

Imaginez un professeur de maths d’une rigueur maladive, qui refuse la moindre étape « évidente » et exige que tout soit justifié jusqu’aux axiomes. C’est Lean. On y traduit une preuve dans un langage informatique très strict, et le logiciel vérifie, ligne après ligne, qu’aucune faille ne s’est glissée.

C’est précisément ce qui rend la période fascinante : pour la première fois, une machine produit des preuves et une autre machine les contrôle. L’humain, lui, se retrouve à la toute fin de la chaîne, chargé de juger si le résultat est intéressant… et de le comprendre.

Pourquoi les mathématiciens sont divisés

Le camp de l’enthousiasme

Le camp de la méfiance

🟡 Imaginez qu’un inconnu dépose 719 romans policiers à la bibliothèque en affirmant que chacun résout une vraie affaire non élucidée. Certains sont visiblement brillants. D’autres mal écrits. Personne n’a le temps de tout lire, et l’auteur refuse de dire comment il a enquêté. Excitant ? Oui. Rassurant ? Pas complètement.

Alors, l’IA a-t-elle résolu un grand problème ?

La réponse honnête tient en trois temps :

Ce qui change, en revanche, c’est l’échelle. Un mathématicien humain publie quelques articles par an. Une IA vient d’en déposer des centaines en une soirée. Le goulot d’étranglement n’est plus la découverte : c’est la relecture. Et ça, personne n’y était préparé.

Et pour vous, concrètement ?

Vous n’allez pas démontrer de théorèmes ce week-end, d’accord. Mais les conséquences peuvent ruisseler jusqu’à votre quotidien :

On assiste à quelque chose d’historique, mais d’historique en brouillon. Le vrai test, ce n’est pas le nombre de preuves déposées, c’est le nombre qui survivra à la relecture, et surtout le nombre qui nous aura appris quelque chose de neuf.

Source : GitHub : dépôt openai/math

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