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Anthropic accuse sept labos chinois de « distillation illicite » de Claude : ce que dit vraiment le rapport

Anthropic accuse sept labos chinois de « distillation illicite » de Claude ce que dit vraiment le rapport

Il y a des rapports d’entreprise qu’on lit en diagonale, et il y a celui-là. Le 10 septembre 2026, Anthropic, l’entreprise derrière Claude, a publié un rapport de renseignement sur les menaces qui accuse pas moins de sept laboratoires d’intelligence artificielle basés en Chine d’avoir mené des campagnes de « distillation illicite » à échelle quasi industrielle contre son modèle phare. Au total : près de 200 millions d’échanges détournés. Le nom de code de la plus grosse opération ? Attribuée à Alibaba, elle serait, selon les mots d’Anthropic elle-même, « la plus grande campagne de distillation jamais observée » par l’entreprise. On vous explique ce que ça veut dire concrètement, qui est visé, et pourquoi ce n’est pas juste une querelle de labos.

C’est quoi, la distillation, au juste ?

💡 POUR LES NON-INITIÉS : la distillation, une technique légitime à la base

En intelligence artificielle, la distillation de connaissances (« knowledge distillation ») est une technique d’entraînement tout à fait normale et largement utilisée. Le principe : un grand modèle « professeur », très performant mais coûteux à faire tourner, sert à entraîner un modèle « élève » plus petit, plus rapide, moins gourmand en lui faisant imiter ses réponses. C’est ainsi que beaucoup de modèles « légers » sont produits aujourd’hui, et c’est parfaitement légal quand cela se fait avec l’autorisation du propriétaire du modèle professeur, ou sur des données publiques. Ce qu’Anthropic dénonce, ce n’est donc pas la distillation en tant que telle, mais sa version « illicite » : extraire, à très grande échelle et sans autorisation, les réponses de Claude, y compris son raisonnement interne, pour en nourrir secrètement l’entraînement d’un modèle concurrent. Le tout via des réseaux de faux comptes créés avec des cartes bancaires volées, des identifiants piratés ou des clés d’API détournées.

Qui est visé, et pour quoi faire exactement

Le rapport d’Anthropic, qui fait 154 pages au total (le volet distillation à lui seul en occupe 12), identifie sept campagnes distinctes, chacune associée à un identifiant de type « GTG » (Google-style Threat Group). Voici les grandes lignes, dans l’ordre de gravité présenté par Anthropic :

Labo citéMéthode selon AnthropicVolume rapporté
Alibaba (Qwen)Extraction massive du raisonnement de Claude via un prompt fixe, sur ~3 500 comptes frauduleux, pour entraîner la famille Qwen151 millions d’échanges (mai-juillet 2026), jusqu’à 3 millions/jour
Moonshot AI (Kimi)Requêtes de ses propres clients discrètement relayées vers Claude, puis affichées comme si Kimi avait répondu23+ millions d’échanges ; 300 000 requêtes en 10 jours via 5 380 comptes frauduleux
DeepSeekMême méthode que Moonshot : relais silencieux des requêtes clients vers Claude, extraction des traces de raisonnement12,1 millions d’échanges en 14 jours (juillet 2026)
Zhipu / Z.aiPipeline dédié d’extraction du raisonnement (chain-of-thought), rejoué via 273 comptes frauduleux tournants3,4 millions d’échanges en 17 jours (juin-juillet 2026)
Xiaomi (MiMo)Sessions de conversation et de code de ses modèles MiMo rejouées vers Claude via des outils tiers (OpenClaw, OpenCode)400 000+ échanges en 20 jours (mars-avril 2026)
SenseTimeAchat de transcriptions d’échanges avec Claude auprès de revendeurs de données tiersNon chiffré publiquement
MiniMaxConstruction d’un réseau proxy maison pour siphonner les échangesNon chiffré publiquement
⚠️ NUANCE IMPORTANTE

Ce tableau reprend les accusations formulées par Anthropic dans son propre rapport de menace, ce ne sont pas des conclusions judiciaires. Sollicités par la presse américaine, Alibaba, DeepSeek, Moonshot et MiniMax n’ont pas répondu aux demandes de commentaire au moment de la publication. On présente donc ces éléments comme « selon Anthropic », et non comme des faits établis de manière indépendante.

Le cas Moonshot le plus étonnant : montrer la réponse de Claude en la faisant passer pour la sienne

Sur le papier, la méthode de Moonshot AI et de DeepSeek est particulièrement gonflée : plutôt que de simplement copier les réponses de Claude en coulisses pour s’entraîner plus tard, ces entreprises auraient directement redirigé les questions de leurs propres utilisateurs vers Claude, sans les prévenir, puis leur auraient affiché la réponse de Claude en la faisant passer pour celle de leur propre modèle (Kimi pour Moonshot). Autrement dit : si les accusations d’Anthropic sont exactes, une partie des utilisateurs de Kimi ou de DeepSeek pensaient discuter avec le modèle de leur choix, alors qu’ils recevaient en réalité une réponse générée par Claude, siphonnée à l’insu d’Anthropic et de l’utilisateur lui-même.

Ce n’est pas qu’une histoire entre labos : Washington s’en mêle aussi

Ce rapport ne tombe pas isolément. Début septembre 2026, un avis conjoint de cybersécurité signé par la NSA, la CISA et le FBI américains a accusé plusieurs entreprises chinoises d’IA (DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.ai) de mener une campagne « systématique » d’extraction illégale des modèles d’IA américains de pointe, qualifiant la distillation d’élément central de la politique industrielle chinoise en matière d’IA depuis fin 2024. Les modèles visés ne se limitent d’ailleurs pas à Claude : le rapport mentionne aussi ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) et Grok (xAI).

Autre détail qui a fait parler : Michael Kratsios, haut responsable technologique de la Maison Blanche, a affirmé en juillet 2026 disposer d’informations selon lesquelles Moonshot AI aurait distillé Fable, un modèle avancé d’Anthropic, pour développer sa version K3 et se serait par ailleurs procuré des puces Nvidia avancées malgré les restrictions à l’export en vigueur.

📝 En représailles présumées à ces accusations, Alibaba aurait interdit à ses employés l’usage des outils Anthropic, dont Claude Code. Ce point relève pour l’instant de la couverture presse (CNBC) plutôt que d’une confirmation officielle croisée des deux parties.

Pourquoi ça vous concerne, même si vous n’êtes ni développeur ni actionnaire

Ce sujet reste évolutif : les labos accusés n’ont, à ce stade, pas confirmé ni détaillé de réponse publique. On mettra cet article à jour si la situation évolue.

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